Hôtel

Un hôtel qui
n'existe pas

le nouveau vocabulaire

brisés de bord en bord, du dos jusqu’au ventre
les os sur l’asphalte et le coeur dans la fente
nous nous sommes arrêtés sous le poids des massues
nous nous sommes étendus

et pendant qu’on tombaient lentement et devant
tout ça n’achèveraient pas et ça durerait longtemps
et plus on tomberaient et plus vite ça irait
mais le fracas et le bruit n’arrêteront plus jamais

et sous les globes éteints et dans les portes ouvertes
nous serons maintenant seuls à tirer la couverte
il était déjà tôt, il faisait déjà clair
nous apprendrons le nouveau vocabulaire

ce sera l’amélioré, celui de la réforme
qui s’est plié au trou dont il a pris la forme
et les jours qui se lèvent debout comme des maisons
seront jetés par terre comme les belles raisons

seront jetées par terre, un peu comme plusieurs
avaient démoli l’envie de chercher meilleur
chercher à revenir sans se faire de secret
revenir uniquement pour jouer dans la plaie

nous connaissions par coeur notre destination
mais la marche serait trop longue de toute façon
quand les ombres s’allongeront jusqu’à nos cous
nous serons des éponges qui garderont tout de vous

les ombres longues

je dessine des ombres longues
des lumières de fin d’été
et ton ombre qui s’allonge
comme une rivière sur le plancher

un courant froid que tu as laissée
doucement t’emporter
comme l’heure en trop qui disparait
quand vient l’heure d’hiver

et l’ombre qui remontera flottera à la surface
elle ira rejoindre tous les autres morceaux de glace
là où l’eau devient de la mort tellement il fait cassant
et tellement la mort fera partie du plan 

Je sors dehors

je sors dehors
je sors enfin d’ici
même s’il est trop tard
je sens que la nuit

ne m’a pas encore
traversé le corps
je sors d’ici
je refais ta vie

et les silhouettes des ombres longues
qui raccourcisse ou se rallonge

je marche et lentement
je redescend
j’ai prévu trop court
pas prévu le prochain tour 

Facultatif

À mort les certitudes
J’aurai peur
Je douterai
Ça durera encore un moment
À espérer
Dans le vide
Ou dans quelque chose d’inconnu
De flou, de sombre
D’abstrait
Que tu m’aimes pour de vrai
Ailleurs qu’au bout de six mois

le temps des coupes à blanc

je suis une montagne
érodée, embrassée par la mer
sur chacun de mes flancs
je disparais tranquillement

j’ai vu des montagnes pleurer
était-ce pour faire monter la mer
plus rapidement
et se laisser noyer

je ne sais pas
je ne sais rien d’autre
que je disparais tranquillement

comme les deux arbres
qui avaient poussés côte à côte
se sont perdus quand est venu
le temps des coupes à blanc

quel est ce vent
qui est passé si rapidement
saccager le versant connu
de l’île que je suis devenu

et si j’ai laissé bâtir
quelque chose de temporaire
c’est que c’est là où je sais;
je serai rongé par la mer 

disparaître

je suis une montagne érodée
embrassée par la mer
sur chacun de mes flancs
je disparais tranquillement

j’ai vu des montagnes pleurer
était-ce pour faire monter la mer
plus rapidement
pour se laisser noyer

je ne sais pas
je disparais tranquillement

le plein

et plus j’avance, plus je m’effrite
plus je vente et plus je risque
je file de nuit, la ville est juste à moi
je ne regarde même plus la couleur des lumières
si une voiture me renverse je crois que ça m’intéresse
peut-être je pourrais sentir autre chose un moment
comme un coup de vent qui me prend
me briser les os pour me briser autre chose

passante, passant que j’esquive, de si près
tu te retournes sur moi, je l’ai vu, toi aussi tu as peur
quel est ce vent qui est passé si rapidement
tout est menace tout est tout seul
et je continue de fondre, je continue en morceaux
pareil comme toi
j’ai un coeur plein, j’ai un corps plein
de ce coeur plein qui veut juste trop
comment on fait pour sentir moins 

le bout du monde

fenêtre ouverte sur la rue
dans une chambre avec vue
fait froid dehors comme dedans
mais c’est un peu moins pire qu’avant

et plus j’ai peur plus je suis triste
et plus j’avance plus je m’effrite
le temps me ramasse en douceur
plus je suis triste et plus j’ai peur

j’aimerais, j’aimerais
le bout du monde
qu’on connaît

fenêtre fermée sur ma chanson
avec la vue mais sans le son
j’ai attendu et attendu
j’ai regardé s’user la rue

et plus j’ai peur plus je suis triste
et plus j’avance plus je m’effrite
le temps me ramasse en douceur
plus je suis triste et plus j’ai peur

j’aimerais, j’aimerais
le bout du monde
qu’on connaît